Interview de Jean-Pierre Rosenczveig Plus de trente ans de magistrature auprès des enfants auront permis à Jean-Pierre Rosenczveig de connaître parfaitement son sujet. Aujourd’hui président du tribunal pour enfants de Bobigny, ce juge prolixe et très actif fait montre d’une énergie à toute épreuve.

Pouvez-vous vous présenter brièvement ?
Je suis magistrat depuis 1974 et j’ai toujours été dans le champ de l'enfance : d’abord juge des enfants à Versailles de 1974 à 1981, j’ai ensuite rejoint le cabinet du ministre de la Famille jusqu’en 1984 en qualité de conseiller technique. J’ai créé en 1984 l'institut de l'Enfance et de la Famille que j’ai dirigé jusqu'en 1992. Depuis cette date, j’occupe la fonction de juge des enfants à Bobigny. En parallèle, je suis également animateur de nombreuses associations comme Défense des Enfants - International et le Bureau international des droits de l'enfant. J’ai par ailleurs créé un jeu qui s’appelle “Place de la loi” (but de ce jeu : faire découvrir et comprendre les lois – NDLR). Enfin, je suis l’auteur de nombreux livres dont Le Dispositif français de protection de l'enfance.
Pourquoi avez-vous choisi le métier de juge pour enfants ?
On est d'abord magistrat avant d'être juge des enfants ; au lendemain de mai 1968 la fonction me semblait plus moderne et sociale que les autres.
En quoi consiste le travail d'un juge des enfants ?
Il doit s'occuper des enfants délinquants et des enfants en danger. Il tient audience en permanence dans son cabinet ou dans la salle du tribunal pour enfants; il visite les établissements, rencontre les équipes avec lesquelles il travaille, il va en prison visiter et voir les jeunes détenus.
À quoi êtes-vous confronté au quotidien ?
Le juge des enfants doit arbitrer des conflits entre parents, tenter de convaincre des adolescents d'arrêter de faire des bêtises et tout simplement d'aller à l'école, de quitter leur quartier ou leurs copains, etc. Il faut également s'occuper des enfants étrangers isolés en France et leur trouver des réponses adaptées.
Quelle est la part d'éducatif et de répressif dans votre travail ?
Toute décision d'un juge des enfants est une contrainte même si elle se veut éducative. Et toute démarche éducative est une perte de liberté ! En d'autres termes, on est en permanence dans les deux registres.
Combien d'affaires instruisez-vous chaque mois ? Ces chiffres sont-ils en évolution ?
Chaque cabinet a environ 600 à 800 dossiers en charge en permanence. Après avoir augmenté, ces chiffres ont fini par se stabiliser.
Quel “cas” revient le plus souvent dans les affaires que vous traitez ?
Au pénal il y a des vols de téléphone portable, des injures à agents, des violences et autres rackets. En matière d'assistance éducative, des enfants plus ou moins délaissés par leurs parents qui n'exercent pas l'autorité parentale ; d'autres sont très présents mais mettent leur enfant en danger par leur comportement.
Comment se déroule une audience au tribunal des enfants ?
L'audience devant le tribunal pour enfants est réservée aux cas les plus graves ou pour lesquels une peine de prison est a priori souhaitable; le président - le juge des enfants - instruit sur les faits reprochés et sur la personnalité du jeune, les témoins, ses parents sont entendus. La victime, puis le procureur et enfin la défense prennent la parole. Le jeune parle en dernier s'il le souhaite. Le tribunal - le juge et ses deux assesseurs – se retire et rend sa décision à son retour. Cette décision peut s'appliquer immédiatement.
Quel est le rôle du Président du tribunal des enfants ?
Présent dans le tribunal où il y a au moins trois juges des enfants, il n'a qu'un rôle de coordination de l'activité de ses collègues juges des enfants. Il leur facilite les choses; il entretient les relations avec les autres services du tribunal et avec les partenaires extérieurs – ASE (aide sociale à l’enfance), PJJ (protection judiciaire de la jeunesse), police, etc.
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