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Comment sortir du cannabis

La France est un des pays d’Europe où la consommation de cannabis est la plus importante (un adolescent de 17 ans sur deux en 2006 contre 1 sur 5 en 1993). Qu’en est-il de cette addiction ? Quels sont ses effets néfastes ? Comment en sortir ? Le point sur un sujet qui fait débat...

Qui sont aujourd’hui les plus gros consommateurs de cannabis ? On les trouve dans les tranches d’âge les plus jeunes. Parmi les personnes interpellées par la police pour usage de cannabis : environ 30 % ont 18/20 ans, et dans la même proportion 21/25 ans. Mais d’autres enquêtes indiquent des âges inférieurs (17 ans). Dans notre pays, il y a, tous âges confondus, 1,2 million de personnes qui fument environ 10 joints par mois, 550 000 consomment un joint par jour.

Quand peut-on parler d’addiction ? Quels sont les signes qui doivent inquiéter les jeunes ? Il y a plusieurs définitions de l’addiction. Du côté des neurosciences, l’addiction est une réaction du cerveau qui réclame un produit, non plus pour une recherche de plaisir, mais pour supprimer les effets désagréables du manque. Mais on peut avoir une approche plus pragmatique de l’addiction, c’est une question de bon sens. Le jeune qui démarre sa matinée avec un joint doit se poser des questions. Même chose pour celui qui n’envisage pas l’idée de rester un ou deux jours sans fumer. Imaginez un jeune qui avalerait un verre de vin tous les jours à 10 heures du matin, tout le monde s’inquiéterait de son alcoolisme. Alors qu’un jeune qui allume un joint à la récréation de 10 heures, passe relativement inaperçu. Le jeune doit comprendre que tout usage régulier mérite réflexion. Et il doit surtout éviter de se mentir à lui-même. Tous vous diront « contrôler » leur consommation, mais dans la pratique qu’en est-il ? Le seul moyen de se le prouver, c’est d’arrêter plusieurs semaines et voir si l’on tient… Le discours : « demain j’arrête si je veux » est un déni total. On ne maîtrise jamais sa consommation comme on dit la maîtriser.

A-t-on prouvé scientifiquement les effets néfastes du cannabis sur la santé ? Des enquêtes britanniques tendent à mettre en évidence un lien entre maladies psychiatriques (du type schizophrénie) et usage de cannabis. Les jeunes prédisposés à ces maladies pourraient les déclencher en fumant des joints. Il ne s’agit pas de faire paniquer les jeunes, mais de les inciter au principe de précaution. Les effets du cannabis ne sont pas forcément doux et anodins. On a longtemps présenté cette substance comme la drogue qui fait rire, mais tous les jeunes savent bien qu’un joint peut déclencher des crises de paranoïa et des crises d’angoisse. Fort heureusement, ces troubles sont en général réversibles… Mais pourquoi prendre l’éventuel risque de déclencher une maladie grave… Par ailleurs, il ne faut pas oublier les risques d’accident de la route, d’accidents du travail liés à l’usage de cannabis. Sans oublier les risques d’échec scolaire lié aux problèmes de mémoire.


Dans la résine achetée, d’autres substances toxiques posent-elles problème ? Les jeunes disent souvent préférer consommer de l’herbe censée être plus « pure » que le shit. Moi je leur dirais, que la substance nocive se trouve aussi dans l’herbe. La drogue est bel et bien là. Son origine naturelle ne lui enlève pas sa toxicité. Certains champignons sont bien mortels…


Est-ce que les fumeurs de cannabis abusent également de l’alcool ou d’autres drogues (type cocaïne) ? Les jeunes sont par excellence avides d’expériences multiples. Fumer du cannabis ne prédispose pas forcément à tenter d’autres drogues. En revanche, l’addiction cannabis + tabac est en général bien réelle. Et les jeunes ont tendance à l’oublier. Après tout est question de contexte. Le jeune qui fume régulièrement peut être plus ouvert à d’autres essais (par exemple : la cocaïne).

À qui peut s’adresser un jeune qui a besoin d’aide ou d’écoute ? Est-ce anonyme, gratuit ? Le jeune doit essayer de trouver une écoute auprès de sa famille, mais ce n’est pas toujours facile à l’adolescence. Pour éviter de rester isolé, le plus simple est de décrocher son téléphone et d’appeler Écoute Cannabis : 0811 91 20 20 (plus d’informations sur le site Internet de la Mildt : www.drogues.gouv.fr). Le jeune pourra parler à quelqu’un sans craindre un discours moralisateur. L’appel est anonyme et au coût d’une communication locale (à partir d’un poste fixe). Il pourra obtenir les adresses des consultations cannabis (également indiquées sur le site). Il y en a partout en France. Elles sont anonymes et gratuites, et accessibles aux mineurs (sans l’accord des parents). Un jeune de 14/15 ans peut venir frapper à la porte d’une consultation et parler de son usage. Il ne sera pas jugé. Juste écouté et épaulé. Sur le site, il est également possible de poser des questions et d’obtenir des réponses, sans dévoiler son identité. Enfin, j’insiste également sur le rôle des amis et frères et sœurs. Tous les collégiens et les lycéens ont des copains qui vivent « mal » le cannabis. Ils les voient décrocher au niveau scolaire, vivre une espèce de vie parallèle. Il ne faut pas qu’ils restent indifférents. Ils doivent tenter de l’aider, de l’orienter vers les bons services, l’inciter à se poser les bonnes questions… Un conseil d’ami porte parfois plus qu’un conseil d’adulte.

En 2008, va se mettre en place un stage de sensibilisation aux dangers des drogues. Quel sera son contenu ? Inutile de dire à un fumeur de joints qu’il risque la prison. Dans la pratique, c’est rarement le cas. Nous avons donc imaginé une sanction qui permette à tous les consommateurs de cannabis (et d’autres substances illicites) interpellés par la police d’être mis face à leur usage, et à ses conséquences. En 2008, les tribunaux pourront donc prononcer une peine consistant dans l’obligation de suivre un stage éducatif, dont le coût (450 € maxi) sera à la charge du contrevenant (ou de ses parents s’il est mineur). Pendant 2 ou 3 jours, la personne pourra prendre conscience des dangers encourus qu’ils soient judiciaires, routiers, pour sa santé… J’insiste sur le fait qu’il s’agit d’une sanction, non d’un soin. Mais bien sûr, les stagiaires seront informés des possibilités de bénéficier de tels soins s’ils en expriment le souhait.

Que diriez-vous à un jeune persuadé que fumer est anodin et sans danger ? Je lui dirais plusieurs choses. Tout d’abord : « Applique-toi le principe de précaution. Tu sais comment tu rentres dans le cannabis, tu ne sais pas comment tu en sortiras ». On sait que plus on consomme jeune du cannabis, plus il sera difficile de s’en détacher. Par ailleurs, fumer du cannabis à un âge où l’on se construit n’a rien à voir avec un usage adulte où l’on a atteint un équilibre dans la vie. À 15/20 ans, il faut apprendre, passer des examens, nouer des relations sociales… Le cannabis peut nuire à tout ça. Il faut penser également aux jeunes qui fument pour faire face à un mal-être profond. Dans ce cas-là, il faut qu’ils se persuadent qu’ils ne trouveront pas la solution dans le cannabis mais bel et bien dans un soutien familial ou psychologique. Il ne faut pas qu’ils hésitent à appeler nos numéros d’écoute, nous saurons les orienter au mieux.

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